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Le récent dénombrement de Brussel’Help et la Fondation Roi Baudouin indique 5313 personnes sans-abri à Bruxelles en 2020. Et depuis dix ans, ce nombre ne fait malheureusement qu’augmenter (+30% depuis 2018 par exemple). Ces chiffres indiquent aussi à quel point la crise sanitaire a pu impacter la population bruxelloise, même si des analyses ont pu démontrer que cette augmentation est fortement provoquée par un manque d’accès à un logement décent dans notre capitale. 

Dans cette situation catastrophique, le nombre de personnes considérées comme plus faibles (femmes et enfants) présent en rue est en nette augmentation, et ce malgré la mise à disposition de plus de places pour les accueillir. Depuis 2018, on compte 321 enfants et 167 femmes de plus qui dorment dehors. Les différents lieux de lutte mis en place sur Bruxelles pour venir en aide aux personnes sans domicile fixe sont les accueils de jours, les accueils de nuit, les maisons de vie communautaires, les services de travailleurs de rue, les maisons d’accueil, les logements de transit, les habitats accompagnés, les aides ponctuelles, les projets de housing first et les structures d’hébergements non-agrée (SHNA). Parmi ces différents dispositifs, un objectif commun ressort : la réinsertion (ou l’insertion) sociale.

On parle de réinsertion sociale des personnes sans-abri lorsque l’objectif est d’amener la personne qui est isolée ou marginale à se réadapter aux valeurs, aux règles et aux normes extérieures que ça soit au niveau économique, culturel et sociétal. Pour l’insertion sociale, principalement abordée dans la situation des sans-papiers, il s’agit du même but recherché mais par une personne qui n’a pas encore été insérée dans ce système socioculturel, environnemental et économique. Quant à la réinsertion professionnelle de ce public, c’est un processus qui tente de pouvoir remettre une personne sur le marché du travail. L’utilisation du terme de réinsertion professionnelle est préféré à celui d’intégration professionnelle, car la notion d’intégration induit que la personne est dans une démarche individuelle et qu’elle cherche à correspondre aux normes et aux valeurs du système social et que la société adoptera une position d’intégration.

Actuellement, il est difficile d’avancer l’idée que nous sommes dans un système d’intégration professionnelle en Belgique, et plus précisément à Bruxelles. Surtout lorsqu’on dénombre les nombreux obstacles que rencontre ce public dans leur (ré)insertion professionnelle: la toxicomanie, une maladie mentale voire un double diagnostic, les maladies telles que les hépatites, le sida et la tuberculose, l’alcoolisme, le manque d’accompagnement vers l’emploi, l’exclusion bancaire, le manque de véhicule et/ou du permis, manque d’accès aux transports en commun (localité et coût), l’analphabétisme, l’illettrisme, le faible niveau scolaire, le manque d’autonomie et de savoir-être, le manque de formation et d’expérience professionnelle, le manque d’information sur les droits et sur les offres d’emploi, le manque d’accès à internet, ne pas posséder de téléphone ou ne pas avoir de crédit, la stigmatisation, la discrimination, le manque d’hygiène et/ou le mauvais aspect physique, la difficulté de communiquer, l’inactivité prolongée, le casier judiciaire, le problème comportemental, ne pas avoir d’adresse et la difficulté de gestion budgétaire. Ces difficultés qui, à elles-seules peuvent ne pas impacter l’insertion à l’emploi, mais qui additionnées les unes aux autres créent des obstacles importants et peuvent empêcher la mise en place de cette insertion.

Malgré le grand nombre d’obstacles auxquels les personnes sans-abri pourraient se confronter, de nombreux avantages prouvent l’intérêt de ce genre de projet. Tout d’abord, lorsqu’une personne sans-abri a un emploi ou une formation professionnelle, elle répond à une norme sociale qui est qu’un citoyen doit se former (école ou formation) et ensuite travailler jusqu’à sa pension. Ensuite, en ayant un accès à l’emploi, elle aura la possibilité de rétablir une bonne situation financière. Cela pourra mener à un remboursement d’éventuelles dettes, l’achat de matériel (téléphone, ordinateur, véhicule etc), se soigner correctement mais aussi améliorer l’aspect physique en se rendant chez le coiffeur ou en se rachetant des vêtements. Cela améliore l’estime, la confiance en soi et l’autonomie.

Les services qui sont présent à Bruxelles dans l’insertion professionnelle et accessible aux personnes sans domicile fixe sont Actiris, les CPAS, les missions locales, les Centres de Formation d’Apprentis (CFA) (accessible jusqu’à 21 ans), Siep et Bruxelles Formation, mais ne sont pas spécialisés dans leur accompagnement. Il y a tout de même certains services du CPAS qui ont été créés pour accompagner des personnes précarisées, sous-formées ou encore analphabètes. Les seuls services qui ont réellement les compétences nécessaires pour accompagner ce public dans ce projet sont les centres de jour, les centres de nuits, les travailleurs de rues et les services d’aides ponctuelles qui possèdent des équipes éducatives et/ou sociales qui mettent en place des suivis sociaux et qui ont le temps nécessaire pour pouvoir soutenir ce processus.

Qui dit (ré)insertion sociale et professionnelle des sans-logis, dit accompagnement sur du court ou long terme. En effet, lorsqu’un sans-abri fait appel à un projet d’insertion sociale ou professionnelle, il a besoin d’un accompagnement sur plusieurs niveaux. Ces personnes doivent notamment (ré)apprendre à gérer toutes les tâches administratives, réapprendre à vivre en logement et/ou en société, parfois (ré)apprendre à prendre soin de soin et à avoir une bonne hygiène, etc. L’accompagnement de ces personnes au quotidien implique d’avoir des valeurs de respect, d’empathie et d’adaptations à leurs besoins. En effet, chaque personne est différente et donc nécessite un accompagnement adapté à leurs besoins et à leurs demandes. Cependant, l’accompagnement qui prévaut est l’accompagnement sur un plan social. Les personnes sans-abri perdent souvent contact avec la majorité de leur entourage et ont besoin de pouvoir rétablir des liens sociaux et avoir des lieux ou des personnes où ils peuvent trouver du réconfort et de l’écoute quand ils passent pas des moments difficiles et pour les aider à ne pas s’écrouler. C’est pourquoi le travail en réseau avec les différents dispositifs d’aides aux sans- abri bruxellois est si important dans la construction de projets d’insertion ou de réinsertion sociale et/ou professionnelle.